serge Vilain, Président du Comité de Direction du groupe SRIB

Ces derniers mois, finance.brussels/Groupe SRIB a fait la "une" de l'actualité concernant des questions  liées à la transparence, la gouvernance, l'investissement et aux politiques de rémunération. Serge Vilain, le Président du Comité de Direction de l’invest public, a accepté en exclusivité de répondre aux questions au journal L'ECHO. Sans tabous.

 

”Il y a amalgame avec Publifin. Il fallait un scandale à Bruxelles!”

L’Echo - 25 mar. 2017, p15

 

Ces derniers mois, la SRIB a été prise dans la tourmente. Par rapport à ses liens avec Artexis ou par rapport à la perte de 4 millions enregistrée dans Hello Agency. L’importance des salaires des dirigeants a également été dénoncée. Serge Vilain, le président du comité de direction de l’invest public, a accepté de répondre à nos questions. Et de s’expliquer. Sans langue de bois.

Dans la série “Montre-moi ton bureau, je te dirai qui tu es”, je demande Serge Vilain, le président du comité de direction de la SRIB. Une montagne de dossiers sur un bureau, des livres, beaucoup, et différentes photos encadrées. Des enfants et des proches, bien entendu, mais également André Cools, l’ancien homme fort du Parti socialiste, assassiné sur un parking de Cointe en juillet 1991. Il y a aussi Philippe Moureaux. “C’est André Cools, lorsqu’il était président du PS, qui m’a envoyé au cabinet de Moureaux quand il était ministre du Budget. C’était en 1980. Cools voulait que je travaille dans des cabinets, ce fut une expérience formidable. Cools et Moureaux sont mes deux pères en politique”. Voilà pour le parcours. Dix ans plus tard, en 1990, c’est Philippe Moureaux qui demande à celui qui est devenu son chef de cabinet de prendre la tête de la SRIB, l’invest bruxellois. Et 27 ans plus tard, Serge Vilain est toujours là. Plus que jamais, même. Ce qui fait parfois grincer des dents. Alors que la SRIB est souvent pointée du doigt ces dernières semaines (liens avec Artexis, perte importante dans Hello Agency et salaires jugés démesurés), il a accepté de faire le tour de la question.

Récemment, vous avez été poussé à sortir du capital d’Artexis, une société dans laquelle vous aviez investi 18 millions d’euros. Des regrets par rapport à cette sortie?

Je ne vis pas avec des regrets, c’est un principe général. En commission Économie au Parlement bruxellois, le ministre de l’Économie, Didier Gosuin, a précisé que c’est le conseil d’administration qui a pris la décision. Il n’y a pas d’autre commentaire à faire.

Eric Everard, le patron d’Artexis, a dit que cette sortie s’était faite trop tôt et au détriment des Bruxellois...

C’est très difficile de savoir s’il était trop tôt ou trop tard. On ne peut pas réécrire l’histoire. Je pense que le moment a joué. Artexis venait de s’endetter de plusieurs dizaines de millions d’euros pour réaliser une acquisition aux Pays-Bas, ce qui augmentait également le risque pour la SRIB, sachant que cette opération sortait du pré carré de nos 19 communes. Il est vrai que j’ai hésité. On a fini par trouver une solution qui arrangeait tout le monde.

Il y a deux lectures par rapport à cette sortie du capital d’Artexis. Vous retirez un bénéfice de 7,5 millions d’euros, mais le financement de la sortie, étalé dans le temps, est discutable. Tout comme son montage. Avez-vous toutes les garanties d’être payé?

Le fait que le paiement est étalé n’est pas risqué, même si 25 millions d’euros, c’est beaucoup d’argent. Aujourd’hui, nous avons reçu la première tranche de 5 millions, comme c’était prévu. Et notre débiteur a du répondant. J’ai connu des situations avec des débiteurs moins solides que celui-ci. Artexis est, après Mobistar, notre deuxième plus belle plus-value. La probabilité que nous ne soyons pas payés est faible. Nous connaissons Eric Everard depuis vingt ans, il a toujours réalisé ses prévisions de croissance et de résultats.

Cette plus-value est tout de même gâchée par la perte de 4 millions d’euros enregistrée dans Hello Agency.

Ce dossier est pire que le sparadrap du capitaine Haddock! Ce truc me colle aux pattes depuis l’époque Polygone. Nous n’avons que des problèmes alors que notre seul objectif a toujours été de préserver l’emploi dans cette boîte. Quand Polygone a commencé à aller mal, on a essayé de sanctuariser Hello Agency pour sauvegarder l’emploi qui s’y trouvait. Cette opération nous est reprochée, mais nous pensons avoir fait ce qu’il fallait et il n’y avait aucun volontaire pour faire quoi que ce soit.

Récemment, le ministre bruxellois de l’Économie, Didier Gosuin, a dit que le bilan de la SRIB était déséquilibré.

Oui. C’est notamment à cause du coût de la structure, mais nous y travaillons. Il y a également le fait que nous sommes sous-capitalisés. Quand je lis que “ces types coûtent à la Région”, je veux bien accepter beaucoup de choses, mais cela, c’est complètement faux. Depuis 1991, la Région bruxelloise n’a jamais mis un euro dans la SRIB. Et malgré cela, nous avons doublé les fonds propres de la SRIB. Pour des gens qui coûtent, on ne coûte pas cher puisqu’on a même augmenté la valeur de la SRIB, ce dont la Région profite.

Avez-vous l’impression qu’il y a un climat de chasse à l’homme dans un contexte post-Publifin?

En dehors des erreurs qui ont été commises à gauche et à droite, certains profitent de la situation pour attaquer ce qui est public. Parmi ceux qui essaient de nous chatouiller, certains sont contre l’initiative publique. L’occasion fait le larron. J’ai l’impression qu’il y en a qui font l’amalgame avec Publifin, il fallait un scandale à Bruxelles. On essaie de faire tout un scandale à partir d’une fuite à propos de nos rémunérations, mais il n’y a pas de scandale! Je ne vais pas me plaindre de ma rémunération qui n’est pas illégale. Depuis le début, le gouvernement est au courant de mes rémunérations et, en 2007, quand il a renouvelé le conseil d’administration et le comité de direction, il a décidé de réunir le comité de rémunération en présence des commissaires du gouvernement pour examiner les salaires des dirigeants de la SRIB.

J’ai tout mis sur la table, à livre ouvert, les commissaires ont regardé puis ont fait un rapport au gouvernement. Jamais le gouvernement n’a émis la moindre critique. Je peux même aller plus loin. Lorsqu’un des commissaires a vu ma rémunération, il s’est étonné que je ne gagne “que ça”!

Cela fait 27 ans que vous êtes à la tête de la SRIB. Depuis quelque temps, cela tiraille pas mal. Vous avez l’impression que des gens veulent votre tête?

Il y a toujours eu des gens qui voulaient ma tête parce que mon job est formidable pour quelqu’un comme moi qui aime être au carrefour de l’économique, du politique et du social et qui aime agir. Tous les matins, je me lève en ayant envie de venir ici. Tous les gouvernements qui m’ont renouvelé, ainsi que le dernier qui l’a fait jusqu’en novembre 2020, considèrent sans doute que je ne suis pas encore tout à fait trop vieux pour gérer cette boîte.

Quel est votre moteur?

Quand je suis arrivé à la SRIB en 1990, ils avaient 12 projets et 25 millions d’euros de capital dont les 3/4 étaient placés à la caisse d’épargne. Aujourd’hui, nous en sommes à 170 millions d’euros de fonds propres dont 140 millions investis dans des dossiers. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Quand je suis arrivé, la SRIB était un petit truc qui ne servait quasiment à rien. Aujourd’hui, avec mon équipe, on en a fait un acteur quasi incontournable, et en particulier dans les métiers où les acteurs traditionnels de la finance ne veulent plus aller.

Qui décide des projets que la SRIB accompagne?

Ce n’est pas Serge Vilain qui décide tout seul. J’ai des collaborateurs - dont un rapport EY vient de souligner l’excellence - qui analysent le dossier. Quand ils ont fini, on se réunit et nous discutons entre nous - fiscalistes, juristes, analystes, économistes - pour voir si le dossier a l’air intéressant ou non. Puis, les organes de gestion décident, c’est un travail collectif. Et c’est normal. Qui serais-je pour dire que je ne me trompe jamais? Cela fonctionne aussi au feeling et à l’intuition. On a mis en place des filtres d’analyse qui maximisent les chances de ne pas se tromper. Mais il arrive qu’on se trompe.

Un rapport EY envisage de simplifier la structure de la SRIB. Allez-vous suivre cette recommandation?

Cette étude est très intéressante parce que nous n’avons jamais imaginé que nous n’étions pas perfectibles. Quand l’étude dit qu’il faudrait faire une charte d’investissement, pourquoi voulez-vous que je ressente cela comme une agression? C’est positif. C’est vrai que nous aurions dû le faire, mais on n’y a pas pensé plus tôt parce que nous étions le nez dans le guidon.

Au fil des ans, vous avez créé beaucoup de filiales...

Oui, parce que je voulais spécialiser l’outil. Qu’on me dise qu’il y a des améliorations à faire par rapport aux produits financiers, je réponds oui. Je n’ai pas la prétention de croire que ce que nous faisons n’est pas perfectible. Qu’il y ait un regard extérieur qui nous force à regarder un peu plus loin, c’est une bonne nouvelle. Je n’ai pas trouvé quelque chose dans cette étude qui me mette en colère.

Au sein de votre conseil d’administration, certains prétendent que les prises de décision de la SRIB se font dans l’opacité et qu’ils ne sont pas assez informés.

Je suis obligé de dire que je suis indigné de cela. On l’a notamment dit sur les dossiers Artexis et Hello Agency et c’est une contre-vérité. En commission, le ministre a lui-même expliqué que le conseil - qui s’est réuni six fois en 2016 - a abordé 5 fois le dossier Artexis et 4 fois le dossier Hello Agency. Ceux qui ont été dire cela à l’extérieur, en un mot comme en cent, ils mentent.

Qu’on balance mes rémunérations à la presse, cela ne me fait pas très plaisir, mais comme je n’ai pas de pension alimentaire à verser, cela n’a pas beaucoup de conséquences. Par contre, que l’on fasse savoir à tout Bruxelles que si un entrepreneur vient déposer un dossier avec données confidentielles à la SRIB, il court le risque que ses données finissent dans la presse, cela, c’est grave. Cela met en péril l’activité de la SRIB et là, je suis excédé.

Quels sont les résultats 2016 de la SRIB?

Nous n’avons jamais fait une année aussi exceptionnelle. Nous avons investi 17,5 millions d’euros, dont 5 millions de crédits de crise. Nous avons fait 138 nouveaux dossiers en 2016. En 2015, nous en étions à 97. C’est un record historique. Pour la troisième année consécutive, nous allons clôturer en bénéfice. Je ne peux pas donner le montant parce que les comptes sont en train d’être audités. 2016 a vraiment été une année exceptionnelle.

Que l’on explique comment?

Nous avons fait quelques belles sorties dont Artexis et Collibra. Nous avons aussi investi 5 millions d’euros dans 54 nouveaux dossiers. Il faut quand même se rappeler du timing. Les attaques datent du 22 mars et un mois plus tard, le 22 avril, le gouvernement bruxellois explique que la SRIB va octroyer des crédits de crise. En un mois, nous avons été capables de fournir un kit au gouvernement. Je me suis retrouvé à devoir dire à des collaborateurs déjà surchargés qu’ils allaient avoir encore plus de travail.

Ces crédits de crise ont surtout servi au secteur horeca dans le pentagone?

Je vais le dire de façon imagée. Si je vais sur la Grand-Place et que je tourne sur moi-même, il n’y a pratiquement aucun commerce à qui on n’a pas fait un crédit de crise. C’est presque vrai à 100%.

J’ai vu très tôt qu’il fallait intervenir très vite, que c’était la seule façon de casser la spirale négative. Il fallait injecter des fonds tout de suite. Entre les mois de juin et de septembre, on a mis cinq millions d’euros, on n’a pas mégoté. je suis assez fier de cela.

 

”1,3 million pour gérer une boîte comme la SRIB, c’est beaucoup”

L’Echo - 25 mar. 2017

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Une fuite dans la presse a permis de savoir que quatre dirigeants de la SRIB se partageaient 1,3 million d’euros de rémunération. Serge Vilain s’explique.

Didier Gosuin dit que le bilan de la SRIB est déséquilibré. Cela s’explique par la structure des coûts, celle-ci étant sensiblement plombée par vos rémunérations.

C’est vrai que 1,3 million d’euros pour gérer une boîte comme la SRIB, c’est beaucoup, il faut être honnête. Je comprends que les gens ne soient pas contents. Ce n’est pas moi qui ai choisi qu’il y ait quatre directeurs, c’est inhérent au système de croix de Saint-André en vigueur à Bruxelles. Et nos salaires sont indexés. Avec les taux d’inflation qu’on a eus ces 25 dernières années, nos salaires ont été doublés, c’est mécanique.

Considérez-vous que votre salaire est indécent?

Cela dépend à quoi on le compare. Le gars qui ouvre les trottoirs dehors va évidemment considérer que c’est indécent et je peux le comprendre. Ceci dit, pour les gens qui travaillent dans les milieux que nous fréquentons, ce n’est pas indécent.

Ce qui peut être considéré comme choquant, c’est que les rémunérations de quatre dirigeants de la SRIB représentent un tiers de la masse salariale.

Oui, sauf que cette référence ne vaut que si on prend la SRIB toute seule. Il y a également de la masse salariale sur les autres structures de la SRIB, les filiales (brucofin, brustart, exportbru, brusoc et screen.brussels business). Les gens oublient que nous dirigeons également ces filiales. Il faut pourtant prendre cela en compte également.

Vous cumulez également un bon nombre de postes d’administrateurs.

Oui, mais mes mandats sont gratuits. L’année dernière, j’avais vingt cumuls, mais il s’agit de mandats dérivés de ma fonction à la tête de la SRIB. Et je ne touche pas un euro sur ces cumuls. S’il y a des jetons de présence, comme c’est le cas pour mon poste d’administrateur au port de Bruxelles, ils ne passent pas par moi, ils sont directement versés à la SRIB.

 

NICOLAS KESZEI

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